dimanche 26 février 2017

Labyrinthe et Histoire Sainte...


Le Palais de justice et la Sainte Chapelle (image empruntée sur Internet)

J'avais juste à déposer une lettre au Palais de Justice... Mais l'affaire ne se fait pas comme ça...

Il faut d'abord choisir la bonne file d'attente qui vous conduit au contrôle type "aéroport". Deux files : une très longue pour les dépôts de paperasse, et une toute petite, pour les convocations ? Vous pensez bien que je m'étais mise tout de suite dans la petite file, avec un air très innocent, j'avais donc toutes mes chances de ne pas attendre trop longtemps ! Le jeune soldat qui gardait l'entrée m'a laissé faire, je n'ai pas demandé mon reste...

Après le contrôle obligatoire, je me suis mise à chercher la porte où je devais déposer mon papier... Mais l'affaire ne se fait pas comme ça...

Au premier guichet, après le contrôle, on m'a donné un plan : madame, la porte que vous cherchez est là ! Elle avait entouré la lettre D, c'était pas compliqué.

Premier couloir à gauche, puis à droite, vous trouverez facilement. Je m'en allais le cœur battant, j'avais une heure pour y arriver, la maison de la justice fermait à 16h. J'ai tourné à gauche, à droite, et puis j'ai fait n'importe quoi, je n'ai pas trouvé l'escalier dissimulé derrière une porte, je suis repartie au point zéro...

L'heure tournait, j'avais déjà fait deux bureaux au hasard, tournez à gauche et puis à droite, vous verrez...

Un avocat en robe qui passait par là : vous êtes de la maison ? Pourriez-vous m'indiquer mon chemin, s'il vous plait ? Bien sûr, au fond du couloir, escalier D, ouf ! J'y arriverais avant quatre heures, en marchant bien...


Je n'ai pas vu tout ça, j'étais trop pressée...

C'était sans compter que du premier étage, j'étais redescendue au rdc, j'avais lu le plan à l'envers, et comme je suis très mauvaise en orientation et en plan, même en randonnée pédestre, je n'étais pas du tout rendue... Ici, des couloirs il y en a des tonnes, des portes en veux-tu en voilà : avocats, greffes, régie, public, cour 1, cour 2 etc.

Le temps passait, et moi je circulais allègrement en maugréant, mais quant est-ce que je vais y arriver ? J'avais déjà les larmes aux yeux, comment vais-je faire pour trouver la lettre D ? Je ne peux pas frapper à toutes les portes...

Ni une ni deux, je pousse la porte d'un autre bureau, et là, une personne douce et gentille me dit : venez avec moi madame, je ne vais pas faire tout le chemin avec vous, mais je vais vous mettre sur la bonne voie... Alleluia ! Nous avions traversé la cour qui entourait la Sainte Chapelle pour re-rentrer sous une grande porte cochère, mon martyre touchait à sa fin, j'ai regrimpé le premier étage, la porte D, je l'ai enfin trouvée, le bureau était clair, le personnel vaquait à ses occupations, j'ai tendu mon papier, tampon, merci Madame... Et je suis repartie l’âme en paix, j'avais tout mon temps, je pouvais admirer les détails architecturaux...

Il était presque l'heure de la fermeture, mais je n'étais pas venue pour rien, je ne serais pas obligée de revenir, la vie était belle, je pourrais même visiter la Sainte-Chapelle, il n'y avait justement pas grand monde.


La grande rosace de la Sainte-Chapelle, joyau du gothique rayonnant (empruntée sur Internet)

Vous imaginez, moi qui rêvais depuis longtemps d'aller re-visiter ce lieu éblouissant, j'y étais ! Personne à la caisse, j'entrais de plain-pied dans la chapelle basse de la Sainte-Chapelle par la boutique des souvenirs, cartes-postales et sets de table... Un escalier en colimaçons permet d’accéder à la chapelle haute, là, un animateur (bénévole) a pris en main le petit groupe que nous formions avec quelques visiteurs, pour nous raconter l'histoire du lieu : entre 1242 et 1248, la Sainte-Chapelle est édifiée selon la volonté de Louis IX (et futur Saint-Louis) pour y conserver les reliques de la Passion du Christ. 

Les Saintes Reliques appartenaient aux empereurs de Constantinople depuis le IVe siècle. Parmi celles-ci se trouvait la plus célèbre, la Couronne d’Épines, acquise en 1239 pour une somme dépassant largement le coût de la construction de l'édifice lui-même. En les achetant, Louis IX accroît le prestige de la France et de Paris qui devient, aux yeux de l'Europe médiévale, une "Nouvelle Jérusalem" et par-là même, la seconde capitale de chrétienté (d'après le document des Monuments Nationaux).


Auteur de la photo : Gnosne -Wikipedia

Donc, si mes calculs sont bons, la Couronne d’Épines arrive à la Sainte Chapelle 1200 ans après la mort présumée du Christ, et d'après la photo que nous montre l'animateur, elle est entière ! Il y croit dur comme fer...

Plusieurs sanctuaires revendiquent la possession de cette relique. L'archevêché de Paris prétend la posséder au sein du trésor de la Sainte-Chapelle, mais il est fait mention de la Sainte Couronne, ou d'un de ses fragments, au Palais électoral de Munich, en la basilique San Domenico de Bologne, en la cathédrale de Pise ou de Trêves, sans qu'il soit possible de déterminer s'il s'agit d'une relique de première classe (don d'une Sainte Épine qui a été enchâssée dans un reliquaire en forme de couronne d'épines), ou de contact (transfert de la sacralité de la Sainte Épine en la mettant en contact avec un morceau de bois devenant lui-même une relique - wikipedia).

La relique sainte est actuellement à Notre-Dame de Paris depuis le 10 août 1806.


Couronne d’Épines (auteur supposé de cette photo Gavigan-Wikipedia), relique attribuée à Jésus

Pas facile  pour une mécréante comme moi d'adhérer à l'histoire, mais je respecte totalement les croyants et les vénérateurs des reliques saintes...

On a construit pour elles des palais, des chapelles, des cathédrales, que nous admirons encore aujourd'hui... La Sainte-Chapelle est un éblouissement, la pierre s'efface presque complètement devant les verrières qui tiennent comme "par miracle", l’intensité des couleurs, l'élégance, le raffinement de l'édifice me laissent bouche bée ! Pourtant je n'en suis pas à ma première visite, mais l'impression de grandiose est présente à chaque fois.

La Sainte-Chapelle est un joyau ! Un reliquaire gothique monumental, les 15 verrières racontent la supposée histoire de l'Humanité, de la Génèse à la résurrection du Christ, d'après les épisodes tirés de la Bible... La lecture se fait de droite à gauche et de bas en haut, mais elles sont beaucoup trop hautes à la vue qui se perd dans les couleurs et les harmonies et non dans les significations...


Auteur de la photo Didier B (Wikipedia)

Il n'est pas aisé de sortir rapidement du site, on veut tout savoir, entendre encore et encore les légendes, l'histoire des représentations, les secrets, les questionnements... La Sainte-Chapelle est un feu d'artifice disposé à notre vue pour toujours !

Après j'ai traversé le pont, il faisait gris souris, la Seine coulait tranquillement sous les voitures, les piétons... J'ai repris le métro...

mardi 31 janvier 2017

L’écheveau des jours et des jours...


Alice toute pimpante aujourd'hui !

Je le reconnais, le petit grelot qui trépigne devant ma porte, plusieurs petits coups, c'est elle ! Alice, ma voisine de 102 ans qui vient me rendre visite, il est encore tôt, dix heures du matin, c'est tôt aussi pour vous ? Elle est toute belle et fringante, habillée avec ses pulls tricotés maison il y a plus de 25 ans, c'est elle qui le dit : c'est vieux ça, Danielle, oui Alice, c'est vieux mais c'est encore beau, et ça vous va comme un gant...

Oui, bonjour Alice, vous avez besoin de quelque chose ? Non, ça fait longtemps que je ne vous avais pas vue, alors je viens vous faire un petit bisou... C'est toujours son entrée en matière, sa marque de fabrique, Alice a besoin de contacts, de voir ses voisines, de faire des bisous. En avez-vous une, vous, de voisine comme ça ? Si affectueuse ? Je l'appelle la petite souris, car elle sourit tout le temps.

Entrez Alice, entrez, asseyez-vous là, et je l'invite à s'asseoir sur mon canapé bien confortable... Voyez Alice, je ne suis même pas encore habillée, je vais, je viens, je fais des tas de choses et l'heure a tourné... Elle s'en fiche, Alice, de la couleur de ma robe de chambre, elle veut des bisous, elle refuse même le verre de thé que je lui propose.

Nous avons passé en revue son enfance, ses souvenirs en avalanche, les bons les mauvais, le temps qui avait passé bon gré mal gré. Pour vivre aussi longtemps, Alice avait toujours vécu au présent, elle avait accepté les difficultés d'où qu'elles venaient, elles les avais digérés, broyés, et elle avait poursuivi sa route avec tous ses chagrins, ses manques, ses désespérances, c'est elle qui me l'a dit, je la regardais avec admiration...

Aujourd'hui elle attend son heure ! Avec son sourire, ses jolis pulls, ses envies de bisous, elle attend son heure, le temps lui semble long... Mais elle garde le sourire...

Un autre jour, l'embarquement, avec Chiharu Shiota... J'avais déjà parlé d'elle dans un de mes posts en 2012 (cliquez sur embarquement)


 Were are we going ? (Où allons-nous ?) Chiharu Shiota, au Bon Marché


Elle est revenue à Paris, au Bon Marché, jusqu'au 18 février 2017, avec une nouvelle installation que je ne pouvais rater, je l'avais découverte en 2011 à la Maison Rouge à Paris, ses robes de mariées entraperçues dans un dédale de fils noirs, un très grand moment...




Depuis, je l'ai suivie autant que je le pouvais dans ses œuvres éblouissantes : avec ses fils de laine noirs, rouges et blancs, Chiharu Shiota (japonaise, 45 ans, vit et travaille en Europe depuis plus de vingt ans), ensevelit littéralement l'espace, dissimule les formes, enrobe et transforme l'espace, soustrait la lumière, creuse des galeries. Elle installe des brouillards duveteux  autour des choses, et nous transporte immédiatement vers le mystère, la poésie, l'émotion, l'admiration... Du moins pour moi, c'est comme ça que cela opère, chaque fois que je rencontre ses toiles d'araignée qui m'étreignent la gorge et éblouissent mes yeux...

Au Bon Marché, je n'y étais pas allée depuis des années, tout avait changé, plus luxueux que jamais, un vrai paradis de la beauté, très chère ! Les embarcations de fils blancs voguaient sous les voûtes du grand magasin, un article de Télérama, qui avait attiré mon attention, faisait allusion à "cent cinquante bateaux d'origines du monde entier, Un voyage immobile qui évoque Small Room, une installation composée de valises en carton, comme celles emportées par des survivants de Fukushima ou par des migrants d'aujourd'hui". C'est avec cette idée que j'étais venue voir l'exposition...

Bien sûr, je fus sidérée par la beauté de l'installation, je sentis très vite le décalage entre l'oeuvre et le le lieu, je le ressentais comme une évidence : ainsi donc, au Bon Marché, l'oeuvre était présentée comme "un rapport au monde oscillant entre poésie, mélancolie et recherche de l'universalité" "l'artiste établissait une analogie entre la vie humaine et le voyage"... Comment ne pas entendre ici le voyage de la survie ?

Et puis, il était dit sur le petit papier qui présentait l'expo : le grand magasin avait proposé le Blanc en hommage au Mois du Blanc ! Ainsi, pour la première fois, C. Shiota travaillait elle aussi pour la saison du blanc ! La pureté ! Mon malaise persista jusqu'à la sortie...


Au Bon Marché


Détail


Les barques, toutes les barques


Impossible de m'embarquer complètement...


Sous la grande verrière


Au RDC, le voyage commence dans des tunnels de glace en laine blanche

J'ai fait mon petit tour, jusqu'à la Grande Épicerie fine, il y avait de tout : sucré/salé/poivré/vanillé/safrané... TOUT !


Des couleurs éblouissantes à tous les étages

Les jours de cinéma exceptionnels :




Le merveilleux film animé de Jean-François Laguionie (75 mn)

Louise, une vieille dame, reste seule dans la petite ville estivale de bord de mer, le train emportant le dernier vacancier vient de partir... Il reviendra bien, mais à la saison prochaine, d'ici là Louise survivra dans cette ville fantôme entièrement pour elle. La solitude, le vieillissement, la mort, les souvenirs l'envahissent et comme les vagues, chaque jour la prennent d'assaut, Louise soliloque... Sans amertume mièvre, avec douceur, un graphisme somptueux, tout en pastel, comme Louise... Une perle !!

Paterson :

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Une semaine à Paterson petite ville du New-Jersey, la vie de tous les jours avec ses petits arrangements et dérangements, Paterson et Laura vivent une vie réglée au cordeau, mais à y regarder de plus près, tous les jours sont des jours nouveaux où il se passe quelque chose de poétique... Paterson écrit des poèmes, Laura crée des œuvres d'art en noir et blanc... Tous les jours de la semaine distillent de l'amour et de la beauté... Deux heures superbes et touchantes, un pur régal !

Harmonium :



Dans une discrète banlieue japonaise, Toshio et sa femme Akié mènent une vie en apparence paisible avec leur fille. Un matin, un ancien ami de Toshio se présente à son atelier, après une décennie en prison. À la surprise d'Akié, Toshio lui offre emploi et logis. Peu à peu, ce dernier s’immisce dans la vie familiale, apprend l'harmonium à la fillette, et se rapproche doucement d’Akié. La tension monte image après image... Passionnant et envoûtant !

On donne Le Misanthrope à la Comédie Française, ma pièce préférée, c'est fait, j'ai une très bonne place, qu'il pleuve, qu'il vente, j'y vais bientôt... Je m'en réjouis tous les jours, j'aime cette attente-là, comme j'aime bien arriver en avance dans le théâtre, pour respirer l'atmosphère, regarder les gens, le spectacle de l'avant spectacle... Ça multiplie tous les plaisirs par deux...

Les jours de petits tours sensationnels aux puces de Montreuil :

Il fait froid, il va pleuvoir, on verra bien, je fais des photos de l’Angélus et des Glaneuses d'après les peintures de Jean-François Millet (1814-1875), aîné d'une famille nombreuses de paysans. Berger dans son enfance et plus tard laboureur, il aime le dessin, à vingt ans son père l'envoie à Cherbourg, le Conseil municipal et le Conseil Général de la Manche lui octroient ensuite une pension pour qu'il puisse continuer son apprentissage. À Paris il expose, vend ses œuvres, il se marie et a neuf enfants. Au village de Gruchy dans la commune de Gréville-Haguesa maison natale a été reconstruite à l’identique et meublée comme une maison paysanne du xixe siècle. On y peut découvrir de nombreuses copies de ses tableaux. 


Aux Puces, les Angélus et les Glaneuses, je les ramasse à la pelle, quelque fois même les marchands froncent les sourcils, il faut demander l'autorisation comme au Musée, je demande et je clic... Beaucoup de brodeuses l'ont copié, les reproductions foisonnent, je n'ai pas eu à chercher très longtemps pour trouver des tas de beaux Millets, je pense même que l'Angélus est l'image que je rencontre le plus... :

L'Angélus :
















Les Glaneuses :







Le jour du (petit) sensationnel :

La belle trouvaille, avec cette petite boîte en verre émaillé, en parfait état, cerclée de laiton, pour un tout petit prix, la petite pépite m'attendait dans un tas d'objets absolument sans intérêt.

La Pépite :



dimanche 1 janvier 2017

Bonne Année 2017 !



Même si la nouvelle année démarre très mal, avec le nouvel attentat meurtrier à Istanbul, ne perdons pas espoir pour la paix... Ne perdons pas espoir, ne perdons pas espoir...

vendredi 30 décembre 2016

Natures mortes ressuscitées...


Henri Fantin-Latour (1836-1904)

Après avoir vu récemment la grande exposition du peintre Américain Cy Twombly au centre Beaubourg, j'ai beaucoup réfléchi : malgré tous mes efforts, je ne suis pas arrivée à l'apprécier à sa juste valeur, ce grand peintre ne me touche pas, je n'ai pas réussi à m’intéresser à lui ! Pourtant, il est mondialement connu, aimé, adulé par les critiques, le public, mais avec lui je reste en plan, je m'ennuie ! Pourtant, je ne suis pas butée, et malgré plusieurs tentatives, notamment chez le galeriste Yvon Lambert, ça ne passe pas, il me laisse de marbre... Je le laisse donc à ses admirateurs. Moi qui suis avec passion les artistes contemporains, avec Twombly, rien à faire...

Si on allait voir Fantin-Latour, ça te dit ? Me dit mon gendre préféré... Oui, avec plaisir, allons-y en nocturne, il y a moins de monde. L'affaire fut "fête", j'adore Fantin-Latour, j'adore les fleurs, j'adore ses natures dites mortes...

Nous étions peu nombreux dans l’exposition, un plaisir immense d'avoir toutes ces œuvres pour nous seuls, un enchantement classique qui ne me laisse pas de glace. Je ne me gâche pas mon plaisir, les fleurs, les fruits, les vases transparents comme je les aime font mon bonheur, les photos sont permises, que demande le peuple ? Je mitraille...

Henri Fantin-Latour avait fait de ses natures mortes son fonds de commerce, elles se vendaient comme des petits pains. Souvent présentées comme une "pure besogne alimentaire", elles lui offrent de profondes satisfactions. Ce pan de son oeuvre est pléthorique, on dénombre aujourd'hui plus de 500 toiles dans la maison familiale de Buré, dans l'Orne.

"Le travail artistique, c'est tout, je veux faire des chefs-d'oeuvre, il n'y a rien d'autre"


"La peinture est mon seul plaisir, mon seul but"

Beaucoup des tableaux exposés actuellement au Musée du Luxembourg sont visibles au Musée d'Orsay, donc pas d'inquiétude si vous n'êtes pas à Paris...


détail








Les jardins de Fantin-Latour : "Voilà une idée qui me préoccupe beaucoup, faire croire à aucun effet artistique". En somme, avec Fantin-Latour, la nature souveraine se retrouve ici dans son expression naturelle : la nature est si belle, il suffit, quand on le peut, de la regarder pour avoir envie de l'avoir toujours avec soi. Un tableau, une photo, une fenêtre ouverte sur le jardin du voisin, je me souviens de tous les chemin de mes vacances à la campagne, chaque année je me dis : quelle chance de me trouver là ! Pourvu que je retrouve cette nature intacte tant que j'y viendrais !


De ma fenêtre, le panier de pinces à linge en Indre...


Dans les cours parisiennes

Mes amis fidèles et ceux de passage, soyez heureux auprès des personnes que vous aimez, pour fêter joyeusement la nouvelle année 2017 !!

vendredi 16 décembre 2016

Alice et sa tablette !


ALICE, 102 ans

Vous voyez : Alice ne fait pas du tout son âge, j'ai pu la prendre en photo grâce à sa tablette numérique offerte par sa famille pour son anniversaire...

Bien sûr, elle ne sait pas encore parfaitement s'en servir, mais elle avance très vite dans l'apprentissage, plusieurs fois dans la semaine je vais lui rendre visite, et nous en profitons pour envoyer des petits messages audio à ses enfants et petits-enfants... C'est très pratique, elle dit une phrase très simple qui est enregistrée immédiatement sur sa tablette, on peut réécouter la phrase et recommencer avant d'envoyer... Alice est très design dans les nouvelles : je vous fais des gros bisous ! Je l'encourage à en dire un peu plus, du genre : je vais bien, ou : tout se passe bien pour moi, à bientôt.

Nous avons envoyé cette photo à toute la famille, Alice à côté de sa belle orchidée, je n'ai pas voulu la faire poser davantage pour ne pas l'ennuyer...

J'ai dit à Alice que j'allais "la mettre sur internet", tout le monde vous attend, Alice, faites un beau sourire, elle était un peu crispée, mais c'est une photo d'essai, nous ferons mieux la prochaine fois.

La prochaine fois, c'était hier, je suis allée la voir pour relever le courrier et lui faire faire de nouveaux messages audio avec des bonnes nouvelles, mais Alice n'avait pas varié : coucou, je vous fais des bisous, je vais bien...

Alice est très précise, elle va à l'essentiel.

Au moment de fermer la tablette, elle savait mieux que moi ce qu'il fallait faire : mais Danielle, il faut appuyer là ! Elle avait raison la belle, j'imaginais comment elle avait dû carburer dans sa jeunesse, elle avait dû aller à 200 à l'heure, pour tout.

Au moment de la quitter je lui demandais ce qu'elle avait mangé : j'ai bien mangé Danielle, des pommes de terre, de la viande, j'en ai pris deux fois, et deux mandarines. Maintenant elle allait se coucher (elle se couche très tôt), elle me raconta avant que je parte qu'elle était allée deux fois dans la journée à Auchan, le matin avec son gendre, comme tous les mardis : je voulais acheter un pantalon mais mon gendre était pressé, je n'ai rien dit, mais je suis revenue dans l'après-midi, j'ai pris l'autobus bien sûr... Elle m'avait cloué le bec ! Mais Alice, vous avez essayé le pantalon ? Non, j'avais emporté mon centimètre en ruban, j'ai mesuré ma taille et hop, j'ai pris du 40, c'est parfait pour moi... Je n'en revenais pas, deux fois dans la journée aller/retour dans cette grande surface, prendre l'autobus, l'escalator, choisir, passer en caisse où il y a toujours du monde, Alice est incroyable ! Elle ne va dire à personne qu'elle est allée deux fois faire des courses, c'est notre secret...

Chère Alice portez-vous bien, n'allez pas tomber, bonne nuit, je vous embrasse.

dimanche 11 décembre 2016

Les souvenirs de trottoir...




Il faisait extrêmement beau, ce qui est très mauvais pour la pollution qui stagne, mais bon, il faisait extrêmement beau, c'était décidé, j'irai faire un tour aux Puces : la grande vadrouille, le rince-méninges, la chasse à l'insolite, il faisait beau, j'avais le temps, l'envie...

Mais c'était sans compter sur les rencontres de trottoir et justement, des rencontres, j'en ai faites. Jamais nous ne nous étions parlé autant, pourquoi, comment, nul ne le sait... : bonjour, il fait beau, oui, je vais au cimetière, ah ! Vous allez voir votre mari ? Oui, mais je vais voir aussi mon fils. J'avais le souvenir que cette dame avait un fils, mais deux ? Ah ! Vous avez deux fils... Oui, mais l'aîné est mort il y a très longtemps...

Je suis restée en attente trente secondes en me demandant par quoi je pourrais poursuivre notre conversation, mais c'est elle qui me précéda...

J'ai deux fils, mais le grand est mort il y a 20 ans, il avait attrapé le sida dans les années 80 et a survécu jusqu'en 2000, si vous saviez comme il a souffert, il n'y avait pas les trithérapies à l'époque, il était homosexuel...

La vie de son garçon se déroulait à nos pieds, jamais elle ne m'avait parlé de tout ça, son mari était mort après son fils, il était cardiaque avec transplantation, ça a bien marché des années...

Mais vous savez, un jour mon fils est descendu de sa chambre... Un matin, il avait dix-sept, dix-huit ans, il m'a dit maman il faut que je te dise quelques chose : je suis homo !

Toute ma famille l'a accepté sans problème, mon mari le premier, on n'a jamais fait de différence. Un jour, il a eu l'idée de se faire contrôler dans un institut médical  parisien, il avait été contaminé ! C'était un bon garçon, et doué avec ça, excellent pâtissier, il travaillait bien, aimait son métier.

Je l'écoutais, écoutais, écoutais, pourquoi ça se passait ce matin, avant que j'aille aux Puces, je ne sais toujours pas, je me disais : que vais-je lui dire pour la réconforter ? Mais elle n'avait pas besoin de réconfort, elle était forte à présent, elle parlait tranquillement et allait au cimetière leur faire un petit coucou. Bientôt on pourra faire une belote, dit-elle en souriant... Elle avait digéré ses morts, ne pleurait peut-être plus, mais elle pouvait en parler...

Elle eut une belle phrase pour terminer notre conciliabule : vous savez, dans les familles, il y a toujours des malheurs dont on ne parle pas souvent, mon fils et mon mari, ce furent de grands malheurs.

Juste un peu avant le début de notre conversation, nous avions entendu la voix de cet homme qui criait : "homme" (voir mon post du 28/10) et faisait aussitôt son signe de croix, il répétait inlassablement le cri et les gestes partout dans la ville, sur son balcon. Il était revenu de l'hôpital, elle le connaissait, il est gentil, il a dû encore oublier de prendre ses médicaments, mais je plains ses voisins... Je savais aussi de quoi elle parlait, sans méchanceté...

Elle partit gaiement au cimetière, elle avait sûrement fixé le rendez-vous, elle s'en réjouissait...

Après cette dame, je rencontrais encore du monde, des : bonjour, bonsoir, comment allez-vous... J'en répétais plusieurs, des courts, des longs, si bien que l'heure des Puces étaient passée, bien passée, je suis allée faire des courses et je suis rentrée à la maison, je n'avais pas trouvé le temps long, j'irai un autre jour, voilà tout...

Moi qui espérais l'insolite, j'avais reçu cette histoire avec beaucoup d'émotion...

dimanche 4 décembre 2016

Venise... Sans but précis... (3)


S. Andrea della  Zirada, 14e/16e siècles (un peu de travers), isolée du reste du monde


Superbe sculpture de Dieu le Père (?)

C'est à chaque fois pareil, quand je prends le vaporetto, je ne sais jamais où m'installer pour ne pas avoir de soleil, j'ai beau calculer l'axe, l'heure, réfléchir sur le bon bord, ça ne marche jamais, je n'arrive pas à rester à l'ombre, je ne suis pas une bonne navigatrice, aucun sens de l'orientation.

Du côté de cette belle église fermée et déconsacrée de S.Andrea (ouverte seulement pendant la Biennale d'art contemporain en 2015) à surveiller de près pour la Biennale 2017, dans ce petit coin de Venise à l'abri du monde, en plein soleil, sur le canal de S Chiara, il y a un arrêt du vaporetto, le terminus,  qui nous mène directement à S. Francesco de la Vigna, il y a toujours des places assises, à droite comme à gauche. La réflexion est intense : où me poser pour avoir moins chaud ? Suivant l'heure de ma promenade, forcément, le soleil tourne...


S. Francesca de la Vigna, coin perdu


Le cloître


Mais voilà, suivant l'heure de la journée, la position du soleil, il est utile de savoir de quel côté vous devez vous asseoir pour avoir le moins de soleil possible, c'est mon but à chaque fois, car la vue est toujours aussi belle de droite comme de gauche.

Je ne sais jamais où je dois me mettre, je ne retiens rien d'un jour à l'autre, je ne phosphore pas, rien à faire, allez, je me mets là !

Et puis j'oublie tout, je me laisse porter par le paysage unique qui se déroule sous mes yeux, nous voilà déjà dans le canal de Cannaregio. Au cours des premiers passages j'essaye de repérer les changements, tiens, ce balcon n'est plus aussi fleuri, là, une boutique nouvelle, un restaurant alléchant, il faudra que je revienne à pied explorer par-là...

Mais le soleil me cueille immanquablement, je me suis trompée de côté, je suis inondée de soleil, je reste calme pour ne pas faire empirer le phénomène d'ébullition, et je me perds dans mes pensées, j'active les mouvements de mon éventail, je baisse un peu plus mon chapeau de paille, comme c'est beau !

Souvent pour le plaisir, je descends avant l'arrêt projeté, je change mon but de promenade, je me retrouve sur cette place noyée dans le soleil près de l'église S. Alvise... Sur ce campo la connexion marche très bien, je prends des nouvelles d'ailleurs, assise sur un banc rouge, j'admire le petit monde de la place. J'apprécie les bords de mon chapeau de paille qui me protègent un peu...


Eglise S. Alvise dans ses roses du soir

J'ai cherché le petit square du quartier, un vrai lieu d'autochtones, à l'ombre des arbres qui rafraîchissent un peu l'atmosphère, ici j'ai toujours l'impression d'être une intruse, mais je suis au frais. J'entends les petites conversations de tous les jours : t'as pris ton maillot, (il y a la piscine municipale), je suis pressée, il fera beau demain... Comme partout, sauf qu'à Venise il fait le plus souvent forcément beau le lendemain...

Je reprends ma promenade, avec une halte prolongée sur chaque pont traversé, je sors mon appareil photo... À droite comme à gauche les reflets, les scintillements, les clairs-obscurs ne manquent pas, pourtant j'avais déjà fait cette photo, déjà fait cette photo, déjà fait......


Reflets


Scintillements


Partout des enluminures


Aux couleurs

En fait je vais sans but bien précis, à la couleur, à la douceur, au point de vue, à la tombée du soleil quand tout brille...

Ce jour-là, pas de murmures, pas de cris, pas de monde, une belle promenade bien chaude, bien bleue et rose...