dimanche 4 décembre 2016

Venise... Sans but précis... (3)


S. Andrea della  Zirada, 14e/16e siècles (un peu de travers), isolée du reste du monde


Superbe sculpture de Dieu le Père (?)

C'est à chaque fois pareil, quand je prends le vaporetto, je ne sais jamais où m'installer pour ne pas avoir de soleil, j'ai beau calculer l'axe, l'heure, réfléchir sur le bon bord, ça ne marche jamais, je n'arrive pas à rester à l'ombre, je ne suis pas une bonne navigatrice, aucun sens de l'orientation.

Du côté de cette belle église fermée et déconsacrée de S.Andrea (ouverte seulement pendant la Biennale d'art contemporain en 2015) à surveiller de près pour la Biennale 2017, dans ce petit coin de Venise à l'abri du monde, en plein soleil, sur le canal de S Chiara, il y a un arrêt du vaporetto, le terminus,  qui nous mène directement à S. Francesco de la Vigna, il y a toujours des places assises, à droite comme à gauche. La réflexion est intense : où me poser pour avoir moins chaud ? Suivant l'heure de ma promenade, forcément, le soleil tourne...


S. Francesca de la Vigna, coin perdu


Le cloître


Mais voilà, suivant l'heure de la journée, la position du soleil, il est utile de savoir de quel côté vous devez vous asseoir pour avoir le moins de soleil possible, c'est mon but à chaque fois, car la vue est toujours aussi belle de droite comme de gauche.

Je ne sais jamais où je dois me mettre, je ne retiens rien d'un jour à l'autre, je ne phosphore pas, rien à faire, allez, je me mets là !

Et puis j'oublie tout, je me laisse porter par le paysage unique qui se déroule sous mes yeux, nous voilà déjà dans le canal de Cannaregio. Au cours des premiers passages j'essaye de repérer les changements, tiens, ce balcon n'est plus aussi fleuri, là, une boutique nouvelle, un restaurant alléchant, il faudra que je revienne à pied explorer par-là...

Mais le soleil me cueille immanquablement, je me suis trompée de côté, je suis inondée de soleil, je reste calme pour ne pas faire empirer le phénomène d'ébullition, et je me perds dans mes pensées, j'active les mouvements de mon éventail, je baisse un peu plus mon chapeau de paille, comme c'est beau !

Souvent pour le plaisir, je descends avant l'arrêt projeté, je change mon but de promenade, je me retrouve sur cette place noyée dans le soleil près de l'église S. Alvise... Sur ce campo la connexion marche très bien, je prends des nouvelles d'ailleurs, assise sur un banc rouge, j'admire le petit monde de la place. J'apprécie les bords de mon chapeau de paille qui me protègent un peu...


Eglise S. Alvise dans ses roses du soir

J'ai cherché le petit square du quartier, un vrai lieu d'autochtones, à l'ombre des arbres qui rafraîchissent un peu l'atmosphère, ici j'ai toujours l'impression d'être une intruse, mais je suis au frais. J'entends les petites conversations de tous les jours : t'as pris ton maillot, (il y a la piscine municipale), je suis pressée, il fera beau demain... Comme partout, sauf qu'à Venise il fait le plus souvent forcément beau le lendemain...

Je reprends ma promenade, avec une halte prolongée sur chaque pont traversé, je sors mon appareil photo... À droite comme à gauche les reflets, les scintillements, les clairs-obscurs ne manquent pas, pourtant j'avais déjà fait cette photo, déjà fait cette photo, déjà fait......


Reflets


Scintillements


Partout des enluminures


Aux couleurs

En fait je vais sans but bien précis, à la couleur, à la douceur, au point de vue, à la tombée du soleil quand tout brille...

Ce jour-là, pas de murmures, pas de cris, pas de monde, une belle promenade bien chaude, bien bleue et rose...

mardi 15 novembre 2016

Venise, j'y reviens...Toujours ! (2)


 L'Adoration des Mages - Federico Zuccari (1564) 

Cette année, comme toutes les autres, je suis allée revoir l'église de San Francesco della Vigna. Chaque année, comme toutes les autres, j'ai découvert des beautés nouvelles, dissimulées dans un coin plus sombre, laissées de côté en passant trop vite, des beautés que je n'avais jamais vues jusqu'à ce jour, je ne sais pas vraiment pourquoi.  Il me faut des années et des années pour faire le tour d'une église, il y a tellement tellement à voir dans ces lieux : un marbre sculpté, un tableau, un vase de fleurs bien disposées sur l'autel, un rai de lumière qui s'incruste au sol, un lustre qui clignote, un détail cent fois ignoré et qui un jour me saute aux yeux. Les églises de Venise sont des sources inépuisables de rencontres esthétiques.

Quand je suis arrivée à San Francesco della Vigna, lieu pourtant familier, j'y suis entrée avec un regard neuf, pas facile quand vous y venez depuis des lustres. Tout de suite à gauche de l'entrée principale, après avoir franchi la belle et blanche façade de pierre d'Istrie d'Andrea Palladio (1562), la petite chapelle Grimani me parut toute nouvelle. Comment était-ce possible de ne l'avoir pas mieux remarquée ? Deux fresques de Federico Zuccari, l'une d'elle (l'Adoration des Mages) est peinte à l'huile sur du marbre, restaurée il y a quelques années,  certains corps et visages restaient cependant un peu effacés, éclairée par un projecteur pour quelques centimes d'euros, elle me faisait toujours grande impression. La douceur des couleurs, un peu passées, me fit penser à de l'aquarelle : transparente, légère, lumineuse, douce, une vraie beauté que j'avais laissée dans l'ombre. J'y suis revenue plusieurs fois au cours de mon séjour, je me suis contorsionnée dans tous les sens avec ma tablette pour la saisir aussi bien que je la voyais, mais je n'y suis pas du tout parvenue... À chaque visite, j'ai admiré la puissance de cette composition qui, grâce à ses formes et ses couleurs, invite ses admirateurs à grimper jusqu'au ciel, immensément bleu, repris en écho au premier plan de l'oeuvre par la robe de la Vierge et le manteau du mage noir. Tout en haut brille l'Esprit Saint... Au loin passe un cavalier, sans doute une allégorie ? Deux anges accompagnent l’événement avec grâce, la vieille architecture vacille, s'écroule, la légende chrétienne laisse espérer aux croyants des jours exceptionnellement nouveaux et heureux. Les artistes talentueux n'ont pas leur pareil pour inventer des réalités légendaires... Comment y résister ? Moi qui n'ai aucune croyance religieuse, je reste en admiration devant les richesses chromatiques qui animent les matières et les corps, l'harmonie parfaite entre les couleurs qui peuvent même se heurter en chantant, comment échapper à ce monde de douceur et de beauté, tout paraît si simple, si essentiel, si éternel... Magnifique ! Sur l'autel, deux vases en cuivre rutilant achevaient le prodige devant mes yeux. Ces moments précieux passés au pied de belles œuvres "oubliées" (par moi) m'enchantèrent.


La Résurrection de Lazare - Federico Zuccari (1561)


L'autre fresque, la Résurrection de Lazare, dans la même chapelle, sur le mur opposé, du même artiste, de la même période (17e), attira aussi mon regard. Une vraie fresque faite à la peinture à l'eau sur un mur en pierre, d'une telle fraîcheur ! Mais elle était placée trop haut, il fallut que je me mette sur la pointe des pieds, pour me rehausser d'un rien, totalement insuffisant pour prendre une belle photo, pas de recul... Lazare ressuscité, encore un mystère pour moi, mais la même pâte, la même fluidité, la même aquarelle, la même admiration !

Je n'ai pas voulu quitter l'église sans glisser une petite pièce dorée pour actionner le projecteur sur la Vierge à l'Enfant de Giovanni Bellini.


La Vierge à l'Enfant Giovanni Bellini (1507), ma vilaine photo


Empruntée sur Wikipedia

Sur ma photo les couleurs sont plus conformes à l'original, sur la photo de Wikipedia on a une meilleure approche du sujet, plus de détails, combien ai-je de photos de ce tableau ? Je ne sais plus, mais beaucoup, c'est comme un réflexe, et si cette fois-ci, je faisais mieux que les dernières fois ? Non, à chaque passage je déclenche...

Comme l'on fait lors de visites à des proches que l'on connait par cœur, on prend son temps, on savoure les retrouvailles, tout est simple avec eux, il suffit de s'embrasser et de se regarder dans les yeux, sourire... À San Franscesca della Vigna, c'est exactement pareil, je prends mon temps pour les retrouvailles, avec le sublime tableau sur bois d'Antonio da Negroponte. Sa Madone et l'Enfant Jésus, qui trône sur un petit autel du bras droit du transept, est toujours plongé dans le noir, il faut vraiment savoir qu'ici se trouve une merveille, il faut vraiment mettre une pièce pour éclairer le tableau, il faut vraiment le regarder longuement, s'en pénétrer pour le garder à jamais et prendre des photos, la hauteur est bonne, on peut y aller, plus on revient à Venise et plus l'envie d'en conserver chaque détail me tenaille... J'ai toujours l'impression d'oublier quelque chose, et c'est vrai, le décor est tellement riche, les codes, les symboles chrétiens y sont si foisonnants... Restauré il y a quelques années, ce trésor est revenu à sa place pour mon plus grand bonheur...





La Madone sur le trône, admirant l'Enfant Jésus - Antonio da Negroponte (1470)

On peut même dire que c'est à cause de Negroponte que j'ai oublié les Federico Zuccari ! Puisqu'il faut un coupable pour me justifier, voilà, oeuvre d'art contre oeuvre d'art, je n'y vais pas de main morte... 

Lors de mes visites, j'ai toujours remarqué la présence du même moine franciscain qui circule dans les allées, un mot aimable à chaque visiteur, un sourire, l'explication que vous cherchez, une indication concernant son église, l'accueil est fraternel...

San Francesco de la Vigna ne ressemble à aucun lieu de Venise, il reste dans le quartier un peu de vie ordinaire, des commerces de proximité, des bistrots populaires, mais pour combien de temps encore ? Combien de temps les habitants pourront-ils résister aux sirènes de l'immobilier, et de Airbnb ?

En attendant, j'en profite...

jeudi 10 novembre 2016

Venise, j'y reviens... Toujours !



Un de mes coins préférés

Cet été, après Venise, j'ai traîné mes guêtres en Bourgogne, en Indre, en Haute-Marne, en Avignon, je ne savais plus où donner de la tête pour vous parler des belles choses que j'ai vues...

Pour finir, je suis revenue dans ma ville : j'y ai rencontré beaucoup de gens, vu quelques beaux films, quelques expositions aussi, fait quelques posts, je ne peux pas vous parler de tout, mais tout m'a intéressée...

Mais aujourd'hui je parle de Venise, exclusivement !

Les rencontres : à Venise c'est comme ça, je rencontre des tas de gens, sur les bancs, sur toutes les places où je peux m'asseoir. Quand j'ai rencontré Jack et Sophie, sur le grand Campo Santa Margherita, c'était sur un banc rouge, ils étaient tellement fatigués qu'ils n'arrivaient plus à se parler (j'ai gardé les vrais prénoms car ils sont trop beaux, ils n'y verront rien de choquant, j'en suis sûre). Ah, non ! Moi je n'en peux plus, j'ai envie de dormir, tu te rends compte, ça fait cinq heures que l'on tourne en rond, on n'a pas vu grand chose finalement. Jack scrutait la carte, essayait de se repérer, il envisageait de sortir du Campo en faisant encore un grand détour, qu'il pensait rapide, bien sûr... Au bout d'un moment, je me suis permise de leur dire : vous n'êtes pas loin d'un arrêt de vaporetto, juste cinq minute à pied, vous prenez à droite, puis à gauche après le pont, vous longez le côté droit de l'église et vous y êtes ! Ils n'y croyaient pas tout à fait, mais ils avaient tort, quand je les ai vus prendre la bonne direction, j'ai répondu à leur grands signes d'adieu par des grands signes de bonne route !


Avec Sophie et Jack, nous avons parlé de Venise, et aussi de leurs beaux voyages à travers le monde entier, passionnant ! Et nous sommes toujours revenus à Venise : voyons, que voulez-vous voir absolument ? Ceci, cela, Sophie voulait des musées, Jack se ralliait à tout, n'oubliez pas le Palais des Doges, c'est absolument indispensable et magnifique, le Musée de la Marine, indispensable et magnifique, le musée Mocenigo, indispensable et magnifique, le palais Fortuny, indispensable et magnifique, et la Ca' Rezzonico, perdez-vous, mais cela, vous savez le faire, c'est indispensable et magnifique, nous avons bien ri du catalogue... Ils avaient heureusement encore plein de jours à s'émerveiller... Sophie et Jack, je pense encore à vous avec émotion... Baci !



Le beau musée Mocenigo et sa merveilleuse ambiance


Mocenigo, ambiance masque et verrerie


Ma fresque préférée chez Mocenigo, de G. Tiepolo à Rezzonico



Le Palais des Doges dont je ne me lasse jamais


Ombre et lumière au Palais des Doges

J'ai rencontré Aloïs, ce très jeune homme, sur le campo du ghetto, je mangeais avec plaisir une belle glace bacio-pistache, un régal, j'avais trouvé un petit rebord d'escalier à l'ombre pour déguster, après avoir pris des tas de photos... Avec Aloïs, qui renonça même à fumer une cigarette pour ne pas me déranger, nous avons eu une belle conversation sur le genre humain : la communication, l'entraide, l'aide, et puis un peu de Venise, il était là pour quelques heures, il prenait le train le soir même, mais il avait de bonnes jambes, il allait encore en voir de belles choses, sa journée n'était pas terminée... Merci Aloïs pour votre conversation si stimulante, si spontanée, si attentive, baci  Aloïs !

Cette année à l'occasion des 500 ans du ghetto, une troupe américaine, Colombari, répétait une pièce de Shakespeare Le Marchand de Venise, cette pièce était donnée pour la première fois (pour six représentations) depuis sa création théâtrale au 17e siècle. Le Marchand de Venise reste pourtant une pièce controversée : antisémite ou pas ? That is the question ! Finalement, je ne suis pas allée voir la représentation, car mon anglais est si mince...


Répétition au ghetto de Venise

Pour la première fois aussi, je remarquais les "Stolpersteine" que je n'avais jamais vus en 15 ans de visite ! Ces petits pavés de cuivre mis par les proches des victimes, ou par des associations constituées, devant les domiciles où des personnes juives avaient été "embarquées" pour la déportation...


La répétition




Les clous, "Mémoire" de cuivre 


Il y avait sur le campo du Ghetto Nuovo une ambiance agréable, j'entendais les acteurs qui répétaient avec enthousiasme, il y avait peu de public pour les entendre, mais il y avait un air shakespearien, le drame se tramait en coulisse, il faisait beau, doux, j'avais tout mon temps...

Ça change, ça bouge dans le quartier, des boutiques nouvelles, des artisans s'installent, c'est plus beau, plus intéressant. La grande synagogue d'été avait ouvert sa grande fenêtre, et je pouvait voir l'intérieur de ce vaisseau superbe que je n'ai jamais visité.... Une très belle journée.

En revenant sur le Grand Canal, j'admirais sur ma gauche le beau Campiello del Remer, quelquefois désert, souvent bruyant, en soirée, quand le monde touristique s’agglutine un verre à la main.



Ce soir-là il n'y avait personne, que ces deux jeunes femmes penchées sur les dernières nouvelles... Un verre aux pieds.

Arrivée à ma station, un beau spectacle m'attendait, le Grand Canal était tout rose, cela ne dura que quelques minutes :






Sur le Grand Canal, le rose est mis...

Je reviens à Venise dans mon prochain post, à bientôt les visiteurs...

vendredi 28 octobre 2016

Hommes !!!



Nous nous connaissons depuis plusieurs année, combien ? Je ne sais plus. Comme il habite pas très loin de chez moi, les occasions de nous saluer sont nombreuses.

Quelquefois même, il changeait de trottoir pour venir sur le mien me faire le bonjour du jour : vous allez bien, fait beau, bonne journée, à bientôt, les mots d'usage, petits, comme des perles de rocaille de toutes les couleurs qui caracolaient sur le trottoir...

Je l'avais rencontré par-ci, par-là, il y a très longtemps, à des réunions publiques sur la ville, il connaissait tout le monde et chacun lui disait bonjour. Tiens, je m'étais dit, il fait de la politique, costume cravate, chaussures bien cirées, mais aucun souvenir de ses discours, à part le sourire toujours présent, il avait peut-être la très jeune cinquantaine, peut-être pas, je ne sais plus... Je n'ai jamais réussi à lui donner un âge.

Les jours ont passé, je l'ai retrouvé de temps à autre, un jour je l'ai revu avec un chien, un petit chien qui courait partout autour des jambes de son maître, un petit frisé, à peu près blanc, très joueur, un ami de bonne compagnie...



Quelques mois, quelques années avant le chien, dans un couloir du métro, je l'avais aperçu, plus joufflu, le visage rougeaud, froissé, mal habillé, pas encore de chien en main, juste quelques cartes postales, des dépliants touristiques qu'il proposait aux passants. Quel étonnement, que lui arrivait-il, que faisait-il là à vendre ces cartes et ces tours Eiffel ? Une énigme, que j'avais mise sur le compte de la pauvreté subite, de la grosse tuile de vie, quelle tristesse ! Le pauvre...

Puis, au fil des jours, des mois, des années, je l'avais vu, traînant les pieds après la laisse de son chien blanc, tantôt rieur, mieux habillé, la main tendu, le sourire revenu, à petits pas, il donnait souvent l'impression qu'il était pressé...

J'avais gardé intacte dans ma tête l'énigme du métro et la vente à la sauvette, une seule fois je l'avais recroisé dans le métro dans sa petite entreprise, sur la ligne qui nous ramenait dans notre ville...

Je m'étais dit, il est dans une mauvaise passe, une mouise intensive, comment vivre ainsi de cette micro papeterie souterraine ?

Voilà où je voulais en venir : hier, en pleine journée, j'entends de ma fenêtre entrebâillée un cri qui se répétait à intervalle régulier, un homme hurlait en mettant ses deux mains en porte-voix : Hommes ! Après chaque incantation il faisait un signe de croix, plusieurs signes de croix, il levait la tête devant les immeubles où il y avait beaucoup d'habitants et il relançait son cri : Hommes ! Je me suis dit, cet homme s'adresse au genre humain, il ne leur dit rien d'autre, il les prie, les interpelle, pourquoi ? Pour quelle urgence morale est-il là à interpeller son prochain ? Hommes ! La rue, très calme, était devenue soudainement un chemin de croix. Le petit chien blanc était à ses pieds, assis tranquillement.



J'ai bien regardé, bien scruté et de mon étage élevé, et je l'ai reconnu, l'homme du métro, de la rue d'à côté, mon pays, mon presque voisin, comment est-ce possible, il est malade, il a sombré, j'ai pensé à descendre lui dire quelques paroles, mais il est parti bien avant que je prenne ma décision. De loin maintenant on pouvait entendre : Hommes ! Hommes !... Et imaginer les signes de croix qui allaient avec...

Plusieurs jours après j'ai eu la réponse à toutes mes questions chez une voisine, ma chère voisine chez qui tout le monde se donne rendez-vous pour bavarder, prendre un thé, se faire réconforter, qui accueille avec le sourire tous les voisins qui sonnent à sa porte.

Elle m'a appris ma chère voisine que cet homme, qu'elle connaissait : avait oublié de prendre ses médicaments !! Elle aussi avait eu envie d'aller lui parler, le calmer...

Mais ce prédicateur à ses heures avait réveillé en moi des questions, des doutes, une compassion, était-il à ce point préoccupé par l'état de l'humanité ? Sa maladie, en l'absence de médicaments, réactivait-elle des angoisses existentielles lourdes qui lui gâchaient la vie ? Je ne sais pas... Mais il m'a fait peine !

Bon, au prochain post je reviens à Venise... Patience...

mardi 18 octobre 2016

Les châteaux de paille...


La forteresse


C'est la saison des châteaux ! Dans la campagne indroise, ils sont construits dans les fermes, près des champs, et souvent, les petits chemins y mènent. Avec mon vélo (à la main), je grimpe, je grimpe pour les saisir de plus près, ils brillent ! Quand il y a du vent, les bâches qui les protègent font un bruit de voile de mer...

Les gros pneus qui les amarrent pèsent des tonnes...

Les granges sont pleines, plus de place pour ranger ces édifices, ils restent donc dans les terres, plus près des vaches, la manipulation est plus facile sans doute.

De loin, le matin, quand le soleil est au plus haut, le plastique des bottes de foin enrubannées miroite, j'ai mis du temps à les photographier, des années, alors qu'ils font partie du paysage agricole, comme si à Venise vous évitiez de prendre des images des gondoles, qui constituent la principale attraction de la Sérénissime, absurde ! Et puis dans bien des cas, le passage de ces mythiques embarcations a un charme fou, tout le monde prend le bateau et son gondolier, les plus exigeants glissent la grande barque dans le paysage, ni vu, ni connu, je suis à Venise, regardez comme ça fait beau ! J'ai arrêté de faire ma sucrée, les gondoles, je les prends dans tous les sens...


Le gondolier au ruban rouge


Les gondoles bleues


Les foins enrubannés (ensilage, méthode de conservation des végétaux)


Au début, il y a quelques années, je trouvais affreux tous ces tas enroulés dans du plastique vert, noir, et pourtant, ils font partie du paysage, c'est le signe que des éleveurs existent encore dans les campagne, heureusement !




Les châteaux dans tous leurs états


Les avaleurs de châteaux

La beauté, il suffit de la trouver autrement, pas forcément dans les belles choses, donc maintenant j'inscris ces forteresses végétales au patrimoine de mon appareil photo. Quand la saison du rangement arrive dans les champs, on voit passer les tracteurs plusieurs fois par jour, chargés à bloc, les agriculteurs et éleveurs ramènent à la ferme la paille, le foin qu'il peuvent caser dans les granges, les hangars. Le reste demeure sur place, dans les prairies fraîchement coupées, à l'abri des intempéries, vaille que vaille, sous les bâches et les pneus... Le maïs réduit en bouillie se dissimule aussi sous des bâches épaisses, entre trois murs de parpaing, semi enterré, bien calé sous une marée de pneus noirs et luisants.

Je peux suivre tous ces transbordements dans mes promenades, avec ma monture à pédales, dès que j'aperçois un édifice éphémère, je fonce, doucement quand même... La photo du siècle attendra bien...

Cette année, j'ai regardé autrement ces monuments que je n'avais jamais voulu trop exposer, photographier sans excès...

J''ai revisité l'atelier de mon ami, juste à côté de ma maison, en face de son jardin : sa façon de ranger ses outils, par catégories, avec tant de soin, est admirable ! Tout est beau ici, le matériel ne sert plus depuis longtemps, occasionnellement seulement, il y revient avec joie. J'ai puisé ici toute une vie de travail, de couleur, de fierté, souvent nous en parlons avec nostalgie, quel beau paysage !


Les couleurs


Les tranchants


Les gueules des tenailles


Le coquillage a pris la couleur des pierres à affûter...


Les burettes de tous les temps... Et les délices de Cambrai


Les souvenirs coincés, toujours à vue


Le travail, la nostalgie, les souvenirs... Les questions... Quelques fois même, les regrets...

Mon coin d'Indre cette année n'a pas changé, c'est moi qui l'ai vu autrement, comme une chance, un privilège, chaque coin d'herbe, chaque petit chemin, chaque pied de vigne, chaque vache qui me regarde dans les yeux contribuent à mon plaisir d'être à la campagne, dans la beauté de la nature :




Avant de partir, j'ai fait un grand tour pour dire au revoir aux gens d'ici... À l'année prochaine, si Dieu me prête vie... Moi, la mécréante, la non croyante, je dis aussi cette petite phrase avec plaisir et malice, elle ne correspond à rien de ce que je suis, mais je prononce ces mots comme de la pure poésie... Nous nous comprenons tous... Nous savons bien que cela veut dire : restez en bonne santé, vivez encore longtemps.

Au revoir mes amis, gardez la clé les champs, les arbres, tous les animaux, le silence, les couleurs du ciel, les fleurs sur le dos des pierres, gardez le moral surtout...

Si Dieu me prête vie, je reviendrais...