vendredi 23 juin 2017

Chiharu Shiota - ZIGZAGS - 3


Chiharu Shiota actuellement chez Templon à Paris

Zigzags exceptionnels, ceux de cette artiste hors norme, installée actuellement dans une galerie parisienne. La grande salle d'exposition est toute rayée de rouge, le fil de laine enveloppe tout sur son passage : les lumières et la barque se découvrent petit à petit à notre vue à travers les entrelacs rouges, l'immense toile d'araignée nous conduit travers des tunnels, bien au delà des murs, nous traversons des zones transparentes et mystérieuses... 


Je cours partout où ses fils m'appellent : blancs, noirs, rouge, rappelez-vous ses vapeurs d'eau au Bon Marché (au mois d'avril), pour le mois du blanc de ce magasin de luxe :


Installation au Bon Marché en avril 2017


Chez Vuitton en 2015

Des lumières ardentes, clignotantes, dissimulées, nous guidaient dans des couloirs de soie noire...

Pour rester les pieds sur terre, j'ai vu que le prix de vente de l'installation dans la galerie Templon était très élevé, mais le rêve et la beauté n'ont pas de prix, pour ceux qui peuvent se l'offrir. Le marché de l'art s'y entend pour élever les prix au maximum quand les artistes sont en vogue... Ils font aussi bien sûr vivre les artistes... De nouvelles et belles œuvres, plus petites, achetables pour des particuliers, ont fait leur apparition dans la galerie :


Les mains de bronze (de l'artiste) et une boule de laiton échevelé

Actuellement, une grande installation au fil rouge irradie la nef de béton de l'église Saint-Joseph au Havre, elle est en place jusqu'au 8 octobre prochain... J'ai bien envie d'aller la voir...

Mes amis , je vous souhaite à tous un très bel été... À très bientôt sur mes ZIGZAGS...

vendredi 16 juin 2017

ZIGZAGS - 2


Fleurs des rues : chèvrefeuille et roses

LES FLEURS DE MES RUES :

En allant aux répétitions de ma chorale, trois rues plus loin de ma tour, en fin de soirée, j'avais repéré le chèvrefeuille et son odeur si exceptionnelle, légère, fraîche, incomparable, aucun jus de parfumeur ne lui arrive à la cheville...

Il montait, échevelé, sur le grillage qui cachait les poubelles de la tour d'à côté. Quel paradoxe ! Des poubelles ou du chèvrefeuille, le gagnant était sans conteste les fleurs, elles poussaient là comme à la campagne, dans les petits chemins verts ou bleus selon la lumière du jour, dans les haies pleines d'oiseaux,  totalement étrangères à l'environnement, elles grimpaient au premier grillage venu, pimpantes, enivrantes, sentant merveilleusement bon, à côté des déchets de la ville. Pas rancunières, les belles... Le chèvrefeuille n'est pas exigeant, plus il vieillit, plus il est beau, il ne fait pas comme nous, les êtres humains, il ne prend pas une ride... Veinard !

Dans ma tour de ville, je suis bien équipée pour les rapines des rues, j'ai des vases : moyens, petits, très petits... Ce sont souvent les très petits qui vont le mieux aux tiges minuscules que j'arrive à subtiliser avec adresse, je ne casse rien, j'y vais délicatement. Juste en bas des marches de mon immeuble, il y a des massifs d'où sortent des fleurs rouges minuscules, depuis le temps, je ne connais même pas leur nom. En passant par la rampe d'accès pour les engins roulants, j'en cueille une petite branche ridicule, je n’exagère pas, mais comment résister ? Rapide comme l'éclair, je cache mon larcin dans mon sac...


Les fleurs rouges et les graminées qui poussent partout

En septembre, quand  j'arrive dans ma petite location de campagne, je fais un bouquet de tout ce que je trouve sur les chemins environnants. Le temps du chèvrefeuille commence à passer, mais restent quelques fleurs des champs, les roses qui dépassent des clôtures ça et là. Je prends tout, même les fleurs jaunes des pissenlits, tout ce qui dresse la tête et est coloré est pour moi. En rentrant, quel plaisir de chercher le vase qui ira bien à toutes les tiges, le mélange naturel des couleurs est toujours réussi, je n'ai presque rien à faire, tout s'ordonne sans moi, parfaitement.

LES FRUITS DE L'ABRICOTIER  :

Danielle, tu radotes, tous les ans, tu nous parles de ton abricotier. Mais oui les amis, je radote !

Pas de ma faute si tous les ans, l'histoire se passe autrement. Depuis le printemps je guette les fleurs, le froid, le gel, l'arrosage, et puis le temps fait le reste. Cette année nous devons nous plaindre, l'abricotier ne fera pas beaucoup de fruits, car il n'a pas été élagué par l'Office, ni arrosé comme il fallait, une récolte de perdue, vous imaginez le désastre...

Quelle chance, malgré toutes ses infortunes, l'arbre fruitier a tout de même quelques rescapés, gros, beaux, satinés, sucrés, quelques branches en sont chargées, mais nous ne feront pas les 60 pots de confiture de l'année dernière...

Chaque jour je surveille ceux qui tombent sur le trottoir, et hop ! Je vais les ramasser, tout cabossés, éclatés, flétris, certains sont déjà plein de fourmis, je secoue, et je les engrange dans ma boîte aux lettres en attendant de les récupérer à mon retour... On dirait des blessés de guerre, un peu fendus, un peu ouverts, un peu froissés...


Sauvetage délicieux, savoureux...

Chaque jour, la récolte se compte par unités, les gens passent et les écrasent comme des limaces...


Jour de grâce !

Voyez pourquoi j'y reviens chaque année, car chaque année c'est nouveau, miraculeux, la question se pose : comment va se comporter notre abricotier ? Comme pour un enfant, on prend des nouvelles de sa santé, d'un simple coup d’œil nous avons quelques réponses : ah ! Pourvu qu'il ne gèle pas, ah ! Mauvais, la tempête, et au printemps déjà, ah ! Voilà les abricots encore verts qui roulent sur le pelouse d'en bas, nous n'aurons rien ! Nous avons notre verdict, comme le paysan qui regarde son champ, ses animaux, et se dit : ça va pas, ça va pas cette année... En fait, nous ne sommes sûrs de rien, il faut prendre la vie comme elle va... Avec ses bons et mauvais jours...


Récolte très saine du jour d'après...

Tous les agriculteurs de la tour ont un avis différent : on n'aura bien quelques fruits cette année, vous croyez, bien sûr, peut-être pas de quoi mettre en marche l'usine à confitures, mais attendons, nous verrons bien... C'est tout vu, j'en ai déjà mangé une bonne dizaine.

Je suis heureuse d'avoir notre abricotier à côté de notre béton armé jusqu'aux dents, ici, chaque centimètre carré de terrain est capable de produire des merveilles, d'ailleurs, il y a cinquante ans, au pied de ma tour, il y avait un petit pavillon avec son jardin, sans doute avec du chèvrefeuille des abricotiers, des cerisiers, des fleurs, à Montreuil, il y pousse encore des pêchers, qui donnent les meilleurs fruits de la Région. Mais Danielle, c'est fini tout ça, maintenant tu prends ton sac à roulettes et tu vas faire tes emplettes dans ton grand magasin, là où il y a plein de tout...

Mais si vous saviez, mes amis, comme je me régale avec mes abricots estropiés, hauts en couleur, parfumés, sucrés, des vrais, des pur-sangs qui caracolent par tous les vents jusqu'au caniveau...

Amis qui passez par ici, ne ratez pas le prochain ZIGZAG-3... Très  bientôt...

dimanche 11 juin 2017

ZIGZAGS...



La magnifique villa Cavrois de Roubaix


ROUBAIX : SA VILLA CAVROIS


La villa Cavrois est une oeuvre totale ! Cette résidence privée, d'un riche industriel textile filateur de Roubaix, a été conçue et réalisée entre 1929 à 1932 par l'architecte Mallet-Stevens, entièrement restaurée à partir de 2003 jusqu'en 2008 par les Monuments Nationaux, elle est ouverte au public depuis 2015...

Monsieur Cavrois (Paul) avait épousé Lucie Louise Vanoutryve, précédemment mariée et veuve de son frère (Jean-Baptiste Carvis), décédé en 1915 durant la Première Guerre Mondiale. Cette famille recomposée avait sept enfants (3 de Jean-Baptiste et 4 de Paul). La villa abritait la famille nombreuse et le personnel de service. Madame Cavrois décède en 1986 et la villa est vendue à un promoteur immobilier, promise à la destruction et le parc loti. La villa est classée monument historique en 1990, le propriétaire la laisse volontairement se dégrader, pillée par des squatteurs, l'Etat la rachète en 2001. Sauvée !






La villa dans toute sa beauté ressuscitée

C'est un chef-oeuvre d'architecture moderne... La construction est en béton armé, recouverte de briques de parement ocres, joint noir..  Les proportions sont imposantes : 60 m de long, 1800 m2 habitables, 840 m2 de terrasses.

La villa a été  entièrement pensée et réalisée par l'architecte, dans ses moindres détails. À l'extérieur : la piscine, les parterres de fleurs, le miroir d'eau comme à Versailles, le sous-sol aménagé pour tout ranger, fabriquer, laver : buanderie, garage, réserve de fuel et machinerie pour  le chauffage, cave à vin, bricolage. À l'entrée de la propriété, la maison du gardien. À l'intérieur tout est prévu dans les moindres détails, même des trous dans chaque pièce pour laisser passer les ondes de la radio : la TSF, ainsi que la ventilation, le téléphone, la balance familiale pour se peser conçue spécialement dans la salle de bain (parentale) blanche, les robinetteries chromées, l'aménagement de la grande cuisine toute blanche, le mobilier des chambres, la salle de jeux, les passerelles entre les pièces, la terrasse ombragée, les miroirs, les couleurs, les éclairages indirects, et l'ascenseur... Tout, tout, tout, tout est beau ! Mallet-Stevens a concentré dans cette oeuvre toutes les avancées technologiques de son époque. Il disait : "le vrai luxe, c'est vivre dans un cadre lumineux, gai, largement aéré, bien chauffé, avec le moins de gestes inutiles et le minimum de serviteurs"



 Un immense couloir vous accueille en lumière, géométrie, miroirs et transparences...


Coin cheminée
La grande salle de séjour toute recomposée à l'originale dans des matières précieuses et colorées...


 Coin cheminée dans une petite chambre...



Grande salle à manger

Cet ensemble est une sculpture, de quelque endroit que vous soyez vous voyez grand, pratique et esthétique...


La grande cuisine toute en courbes, blanches


La salle de bain et les mêmes faïences que la cuisine, la blancheur toujours...


La chambre à coucher parentale, au carré

Je voudrai bien y habiter sans payer le chauffage (central), le jardinier et le gardien, et puis aussi sans la taxe foncière...

Ne passez pas par Roubaix sans courir voir ce palais des années 1930...

SA PISCINE MUNICIPALE DES ANNÉES 1930

Je saute la piscine municipale, transformée en musée extraordinaire, allez, juste quelques photos sans paroles :






Un grand bain culturel !

Et puis au détour d'une cabine de bain transformée en musée des beaux-arts, j'ai saisi ces deux toiles :



Ma toile préférée de Louis Charles Priest (1864-1913) Nature Morte - 1886


Raymond Woog Oeillets - 1886

Beaucoup à voir, beaucoup à réfléchir à Roubaix, les corons, un centre ville à vendre, les grandes cheminées des filatures en friches, définitivement artistiques...

SES USINES CULTURELLES  :


L'ancienne condition publique des matière textiles : un nouveau centre culturel de quartier qui marche très bien...


Une grande usine de filature, aujourd'hui Archives Nationales du Travail


LE RESTAURANT : À PARIS...

Nous étions un peu en avance sur l'heure du rendez-vous, nous nous installons confortablement, le menu est alléchant, simple et copieux, prix raisonnables, nos sacs à nos pieds, les vestes au dos de nos chaises, nous faisons la lecture à haute voix en attendant notre autre convive, quand on a de l'avance on peut bien se concentrer sur le menu, un coup d’œil à droite, à gauche, tiens, l'équipe a changé, non ? Je ne sais plus, du personnel jeune, dynamique, sympa... Ah ! Zut, ils ont vendu, comment ça, vendu ? Mais oui, regarde le resto a changé de nom, sur le menu s'étalait en toutes lettres Café Martin ! Café Martin, ça alors ! Tu te rends compte, les commerces passent de main en main, par ici la bonne soupe, ça prévient pas et hop, je te change d'enseigne, ni vu ni connu je t'embrouille... Bon, allez, nous allons essayer, tout a l'air appétissant, de toute façon nous somme là, notre invitée va bientôt arriver... Coup de fil de l'invitée, où êtes-vous ? Nous t'attendons, nous sommes dans le resto, assises, arrive, dépêche, grouille, on a faim... Elle arrive, toute souriante, une jeunette des temps modernes, habillée comme une sirène... Ben, vous vous êtes trompées de resto, je vous attendais un porche plus loin, un éclat de rire général. Nous nous étions trompées de restaurant et nous avions inventé le changement de propriétaire, la nouvelle équipe, l'ambiance un peu différente, nous avions des arguments pour tout, impossible de se tromper, nous étions bien à notre rendez-vous habituel... Souvent, nous sommes à droite du comptoir, là nous étions à gauche, voilà tout... La vue était un peu différente, c'est tout. Ventre affamés n'ont point d'oreilles, ni de vue...

Nous aurions vendu père et mère, nagé de Brest à New-York, donné nos mains à couper, c'est nous qui avions raison, un point c'est tout, le restaurant était vendu !!! Nous avons très bien mangé, mais la prochaine fois, nous retournerons là où rien n'était changé...

LA VOISINE : Dans mon immeuble...

J'avais bien remarqué qu'elle ne m'entendait pas, j'étais juste derrière elle, son gros sac poubelle au bout du bras,  mon petit sac à la main, je me disais, incroyable un gros sac poubelle de 100 litres au moins pour deux personnes âgées ! J'ai bien répété trois fois : bonjour madame, bonjour madame, bonjour madame ! Rien, pas un tressaillement, elle n'entendait pas, je lui ai passé devant avec le sourire... Mais vous avez maigri, que vous est-il arrivé ? Elle s'appuya contre le mur et commença à m'expliquer tout : oui, hôpital, prise de sang, nez, épaule, très gentils, mieux, nez, épaule, diabète, sang, prise de sang, mieux, nez, prise de sang, diabète... Bonne journée ! Je n'avais strictement rien compris à ce qu'elle m'avait expliqué avec application... Elle parlait vite, entre ses quatre dents de devant manquantes depuis des années, avec un accent portugais à couper au couteau, mais d'habitude j'arrive à saisir un bout de conversation... Ça ne nous a jamais empêchées de rire et de nous dire bonjour, mais aujourd'hui, je ne savais pas de quoi elle souffrait, pourquoi elle avait perdu du poids. Reposez-vous bien, prenez soin de vous, ça va allez mieux, je le pensais de tout cœur, nous avions toutes les deux vidé notre sac, mais je n'étais pas contente, c'était la première fois que je ne comprenais rien de ce qu'elle me disait, elle entendait moins bien, la roue tournait à grande vitesse...

LA CLIENTE : Au grand magasin de mon coin...

C'est la saison, j'en profite, j'achète des framboises tous les jours, deux fois par jour, j'en ai déjà mangé un jardin entier, j'y retournais donc, dans ce grand magasin où il y a de tout, de tous les coins du monde, qui me met en rage... Une dame débonnaire me prend à partie : c'est interdit de manger sur les étalages ? Oui, madame, je crois bien, c'est drôle, ce n'est pas écrit... Si, si, je crois qu'il y a un écriteau quelque part autour du stand de fruits. Ah ! bon, je n'ai pas vu, quand même, ce n'est rien de goûter juste un fruit, ben, mais oui, un seul, c'est rien, ben, je n'arrivais pas à aligner deux mots tellement elle allait vite... Vous savez pourquoi ils veulent pas qu'on goûte ? Ben, pour qu'on achète, on goûte, c'est pas bon, vous avez vu les abricots, ils ont le goût de rien, ils veulent pas qu'on goûte pour qu'on achète, si on goûtait, on n'achèterait pas, c'est pas bon  ! Ici on fait le contraire du monde entier...
Je n'avais pas encore envisagé cette interdiction sous cet angle, mais je trouvais que cette dame avait bien de l'imagination... Surtout, elle justifiait cette interdiction qui cherchait à nous tromper, non pour nous punir de voler un fruit ou deux, ou plus... Elle avait des sourires plein les lèvres et le regard pétillant... Il ne sont pas bons les abricots, on dirait des pommes de terre... Elle avait bien raison, je n'en ai pas acheté encore, j'attends la saison prochaine...




Amis, ne manquez pas le prochain ZIGZAG, à bientôt, je pense à vous...